Il existe une myriade d’histoires sur nos amis ailés… Le conte qui suit va vous raconter la manière dont se décida, autrefois, qui serait le Roi des Oiseaux.

          En des temps anciens, les animaux avaient leur propre langage. Au même titre que les cailloux, l’eau ou encore les végétaux ; ils dialoguaient, discutaient et transmettaient leurs pensées par la parole. La grande famille des Oiseaux comptaient déjà de nombreuses familles d’espèces comme aujourd’hui : des passereaux, des corvidés, des rapaces diurnes et nocturnes, des limicoles et bien d’autres ! De tous ces protagonistes se fit sentir le besoin d’élire un chef, un représentant, autrement dit : un Roi qui défendrait leurs intérêts à tous.

Tous les oiseaux furent conviés en un jour précis dans une vallée encaissée entre les montagnes, où prairies verdoyantes se plongeaient dans le cours d’eau sinueux à l’eau claire et fraîche… De tous les milieux arrivèrent des oiseaux : certains venaient des prairies, des forêts, des marais, d’autres venaient des montagnes ou des rivages…
Le Hibou, dont la sagesse et la droiture faisait l’unanimité, pris alors la parole en ces termes :

« – Mes chers amis ailés, d’un commun accord nous élisons en ce jour notre futur roi ! (Applaudissements). Je vous propose une épreuve d’agilité et de force qui mettra en lumière le plus valeureux d’entre-nous. Ainsi tout le monde va s’envoler vers le ciel en direction du soleil, et l’oiseau qui ira le plus haut gagnera le titre de roi des oiseaux ! » 

Tous les oiseaux prirent leur envol au signal du Hibou, formant un nuage semblable à un essaim géant s’élevant droit vers le soleil. Au bout d’à peine quelques centaines de mètres de hauteur, les petits passereaux dont les ailes battent vite et leur coûtent une énergie précieuse regagnèrent le sol, déçus de ne pouvoir faire mieux … Le Rouge-gorge, le Troglodyte, le Moineau, le Gobe-mouche et bien d’autres abandonnèrent les premiers.

Tandis que la cohorte continuait son vol circulaire à la verticale, les Merles, Grives, Hérons, Coucous, Poules, Canards, Tétras, oiseaux de mer et autres Corbeaux sentirent peu à peu la fatigue les gagner, et les ailes lourdes, ils plongèrent eux-aussi vers le sol… Ne restaient plus que les rapaces, dont la carrure est faite pour voler haut et longtemps. Après de longues dizaines de minutes d’effort supplémentaire, les chouettes et hiboux se résignèrent à redescendre, pris de tournis car peu habitués à de telles altitudes.

          Tandis que la vallée paraissait maintenant toute petite et que les cimes des montagnes s’éloignaient doucement, les Milans, Buses, Busards et Faucons durent se rendre à l’évidence : ils ne battraient jamais l’Aigle et les Vautours, déjà en grande avance sur eux… Ils se laissèrent doucement voguer vers la vallée. Ainsi les plus endurants et imposants des rapaces continuèrent l’ascension ! Après une bataille de coups d’ailes acharnée et plusieurs centaines de mètres plus haut, les Vautours et les Gypaètes abandonnèrent à contrecœur.
Alors l’Aigle vit qu’il ne restait que lui. Lui, prince des airs, savourant déjà sa victoire… « Je suis le roi ! Le roi c’est moi ! » Mais alors qu’il s’apprêtait à redescendre pour qu’on lui remette la couronne, il entendit une petite voix juste au-dessus de lui :

« – Hé ! Pssssst, psssst ! Je suis plus haut que toi ! »

Levant la tête, l’Aigle vit alors un tout petit oiseau inconnu, voletant à quelques mètres au dessus de lui avec frénésie. Piqué dans son ego qu’un tel ridicule petit oiseau puisse lui voler la vedette, l’Aigle redoubla d’efforts et monta, monta plus haut encore. Essoufflé mais fier de son exploit, il toisa au dessous de son regard perçant, estimant que son minuscule adversaire avait du abandonner. Alors il entendit à nouveau la petite voix :

« – Pssssst, pssssst ! Je suis encore plus haut que toi ! »

A peine au dessus de lui le même petit oiseau voletait, malicieux et un chouia moqueur… Donnant tout ce qui lui restait d’énergie, l’Aigle battit des ailes à grands coups, filant vers le ciel comme une flèche jusqu’à ne plus deviner la vallée ni les montagnes en dessous. Mais à peine avait-il ralentit sa course et repris son souffle qu’il entendit encore la voix lui dire :

« – Hé ! Pssssst, pssssst ! Je suis toujours plus haut que toi ! »

Complètement défait, harassé de fatigue et sur les nerfs, l’Aigle jeta l’éponge et redescendit en piquet jusqu’au sol au milieu des autres oiseaux. Quelques secondes plus tard, tout le monde écarquilla les yeux pour regarder atterrir le petit vainqueur sur qui personne n’aurait parié ! Triomphant, le petit oiseau se pavana devant toute l’assemblée bouche-bée… le Hibou prit alors la parole et dit :

« – Petit oiseau, ta victoire est sans conteste. Tu seras nommé Roi des Oiseaux ! Permets-moi cependant de te demander, et je pense au nom de tous, comment est-tu parvenu à battre l’aigle qui est si puissant comparé à toi ? »

L’interrogé répondit :

« – Eh bien ce n’était pas bien difficile : il m’a suffit de grimper sur le dos de l’Aigle, d’attendre qu’il monte et monte encore, et quand il s’arrêtait je donnais juste quelques coups d’ailes pour me montrer au dessus de lui ! Et je refis la même chose jusqu’à ce qu’il abandonna ! ».

L’assemblée ria de bon cœur sous le coup de la franchise et de l’ingéniosité du petit oiseau ! L’hilarité générale résonna un moment dans la vallée… Le Hibou essuya ses larmes de rire et repris solennellement la parole :

« – Écoutes, je crois que nous sommes tous d’accord pour dire que tu as été très astucieux pour mettre au point un tel stratagème ! Pour autant, nous ne pouvons confier le titre royal à un oiseau qui a en quelque sorte triché…
Voici donc ce que je propose : pour ta malice et ton intelligence, nous te remettons la couronne. Mais l’Aigle est celui qui est véritablement monté le plus haut. Pour sa bravoure et son endurance, c’est lui qui mérite le titre de Roi des Oiseaux. »

L’assemblée acquiesça et l’Aigle fut le soir même sacré Roi lors d’une fête mémorable !
Depuis lors, on le nomme « l’Aigle royal ». Et si par chance vous avez l’occasion d’observer le petit oiseau de l’histoire, vous verrez sur sa tête trois bandes colorées représentant  la couronne qu’on lui remit le jour de l’assemblée légendaire ! On le nomme depuis le « Roitelet triple bandeau » !!!

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